Sur un potager touché par le mildiou en plein été, le premier réflexe reste souvent le même : sortir le pulvérisateur de bouillie bordelaise. Ce geste, des millions de jardiniers l’ont répété pendant des décennies. Depuis les restrictions imposées par l’ANSES en janvier 2026, ce réflexe ne fonctionne plus comme avant. Les produits cupriques accessibles aux amateurs se raréfient, et la trajectoire réglementaire pointe vers une interdiction progressive de la bouillie bordelaise pour les particuliers.
Ce que les restrictions de l’ANSES changent concrètement au potager
Depuis le 15 janvier 2026, l’ANSES a drastiquement restreint l’usage des produits à base de cuivre en France. Pour les jardiniers amateurs, cela signifie que plusieurs formulations de bouillie bordelaise courantes ont tout simplement disparu des rayons.
En parallèle, le règlement européen n°2025/1489 a prolongé l’approbation du cuivre jusqu’au 31 décembre 2029, mais en abaissant le plafond autorisé de 6 kg à 4 kg par hectare et par an. Même si cette mesure vise surtout les professionnels, elle traduit une volonté claire de réduction qui touche aussi les formulations grand public.
Pour qu’un produit reste en vente en jardinerie, il doit porter la mention EAJ (Emploi Autorisé dans les Jardins) et relever du biocontrôle, des substances de base ou de l’agriculture biologique. La loi Labbé, en vigueur depuis 2019, avait déjà interdit la majorité des pesticides de synthèse pour les amateurs. Le cuivre faisait partie des rares exceptions encore tolérées. Cette exception se referme.

Bicarbonate, petit-lait et argile : les substances de base qui remplacent le cuivre au jardin
On entend souvent parler d’alternatives sans savoir lesquelles fonctionnent réellement contre le mildiou. Parmi les substances de base reconnues par la réglementation européenne, trois méritent qu’on s’y attarde.
- Le bicarbonate de soude (ou de potassium) modifie le pH à la surface des feuilles, ce qui freine le développement des spores de mildiou et d’oïdium. On le pulvérise dilué dans l’eau, souvent avec un peu de savon noir pour améliorer l’accroche sur le feuillage.
- Le petit-lait (lactosérum) agit de façon similaire en créant un milieu défavorable aux champignons. Il s’utilise en pulvérisation foliaire diluée, de préférence en préventif avant l’apparition des symptômes.
- L’argile, et notamment des variétés comme l’allophane, forme une barrière physique sur les feuilles. Des travaux de recherche explorent l’utilisation de cette argile naturelle contre le mildiou de la vigne, avec des résultats encourageants sur la réduction des contaminations.
Ces produits ne sont pas des fongicides au sens classique. Leur mode d’action est préventif, pas curatif. Il faut les appliquer avant que la maladie ne s’installe, ce qui demande une surveillance régulière du feuillage et de la météo.
Purins et décoctions : renforcer les plantes plutôt que traiter la maladie
L’approche change quand on passe du cuivre aux préparations végétales. On ne cherche plus à tuer le champignon mais à rendre la plante plus résistante. C’est ce qu’on appelle l’élicitation : stimuler les défenses naturelles du végétal.
La décoction de prêle est la plus documentée dans cet usage. Riche en silice, elle renforce la paroi cellulaire des feuilles et complique la pénétration des spores. On la pulvérise sur le feuillage tous les dix à quinze jours en période de risque, de la fin du printemps jusqu’à la mi-été.
Le purin d’ortie, lui, agit plutôt comme stimulant général de la croissance et de la vie du sol. Il ne remplace pas un antifongique mais contribue à maintenir des plantes vigoureuses, moins vulnérables aux attaques. Certains jardiniers combinent ortie, consoude et prêle en mélange pour couvrir plusieurs fonctions.
Les retours varient sur l’efficacité de ces préparations face à une attaque de mildiou déclarée. En conditions très humides, elles ne suffiront probablement pas seules. C’est pourquoi la combinaison de plusieurs méthodes donne de meilleurs résultats qu’un produit unique.

Prévention au potager : les gestes qui réduisent la pression mildiou sans traitement
Avant même de pulvériser quoi que ce soit, on peut agir sur les conditions qui favorisent le mildiou. Le champignon a besoin d’humidité prolongée sur le feuillage pour germer. Toute la stratégie préventive repose sur cette donnée.
Gestion de l’eau et de l’air
Arroser au pied et jamais sur les feuilles réduit considérablement le risque. Espacer les plants de tomates pour permettre la circulation d’air entre les rangs fait une vraie différence. Un paillage au sol limite les éclaboussures de terre chargées en spores lors des pluies.
Choix des variétés et rotation
Certaines variétés de tomates présentent une tolérance naturelle au mildiou. En les privilégiant, on diminue la dépendance à tout traitement. La rotation des cultures, en ne replantant pas de solanacées (tomates, pommes de terre, aubergines) au même endroit deux années de suite, casse le cycle du champignon dans le sol.
Taille et nettoyage
Supprimer rapidement les feuilles atteintes dès les premiers signes (taches brunes, dessous blanchâtre) empêche la propagation. On ne composte pas ces résidus malades : on les évacue ou on les brûle si la réglementation locale le permet.
- Arroser au pied, jamais sur le feuillage
- Espacer les plants pour favoriser la ventilation
- Pailler pour limiter les éclaboussures de spores
- Retirer immédiatement les feuilles présentant des symptômes
- Alterner les emplacements des solanacées chaque année
Adapter son calendrier de traitement naturel au potager
Avec la bouillie bordelaise, on traitait souvent en automne après la récolte et au printemps au débourrement. Les alternatives naturelles demandent un calendrier plus serré et plus réactif.
Les pulvérisations de bicarbonate ou d’argile se font en préventif, dès que les conditions deviennent favorables au mildiou : pluies fréquentes, températures entre 15 et 25 °C, humidité persistante. Traiter après une pluie, dès que le feuillage a séché, est plus efficace que de suivre un calendrier fixe.
La décoction de prêle s’applique régulièrement en saison, en espaçant les passages de deux semaines environ. En cas de période sèche prolongée, on peut réduire la fréquence sans risque.
L’interdiction progressive du cuivre oblige à passer d’une logique de traitement chimique ponctuel à une gestion continue et combinée du potager. C’est plus exigeant en temps et en observation, mais cela produit un sol et un jardin qui fonctionnent sans béquille chimique sur le long terme.

